La dyspraxie verbale de Nicolas

La dyspraxie verbale de Nicolas

Voici l’histoire du petit Nicolas. Je t’explique le rôle de l’orthophoniste auprès des enfants qui présente une dyspraxie verbale et le parcours typique en orthophonie, dans une clinique privée et le secteur public.

Vivre avec la dyspraxie verbale au quotidien

En milieu de garde

Nicolas est un adorable petit garçon de 4 ans. Il adore écouter les histoires racontées par son éducatrice, Marise, avant la sieste. C’est un petit coquin : il aime faire rire Marise et les enfants de son groupe 🤭.

Nicolas a de la difficulté à se faire comprendre par son éducatrice et ses amis. Certains sons sont absents et les mots ne sont pas produits clairement. Pourtant, il sait exactement ce qu’il veut dire ! Quand il souhaite obtenir un jeu qui se situe hors de sa portée, son éducatrice ne comprend pas sa demande s’il utilise seulement ses mots. Il doit alors pointer le jeu qu’il désire. Il est aussi difficile pour Nicolas de participer au causerie de son groupe : il n’arrive pas à raconter clairement ce qu’il a fait pendant sa fin de semaine.

À la maison

À la maison, la maman de Nicolas remarque que Claire,  la grand-mère du garçon,  n’arrive pas à le comprendre. 👵

Un jour, Nicolas jouait tranquillement avec sa sœur dans le salon. Tout à coup, cette dernière lui a arraché son jouet préféré des mains, sans avertissement ! Face à cette injustice, il se met alors à pleurer. 😢

Il essaie pourtant d’expliquer à sa maman ce qui s’est passé, mais il n’arrive pas à se faire comprendre, ce qui accentue sa colère. 😤

Suite à la recommandation de l’éducatrice, les parents de Nicolas décident de me consulter afin d’aider leur fils à mieux se faire comprendre et ainsi, diminuer ses frustrations au quotidien.

Mon rôle en tant qu'orthophoniste

Je fais une évaluation

👋 C’est ainsi que je rencontre Nicolas et sa mère dans mon bureau.

Mon objectif principal : créer mon lien avec l’enfant et la mère. Et aussi, analyser la production des sons pour établir un plan d’intervention en orthophonie (PIO), des recommandations ainsi qu’un diagnostic précis (bien évidemment 😉).

Je le laisse donc jouer quelques minutes pendant que je discute avec madame 🕵️ :

  • 👩 :  Béatrice, la cousine de Nicolas, a été suivie en orthophonie en bas âge. J’avais ben de la difficulté à la comprendre !

🔔 Ça me sonne une cloche ! Puisqu’un membre de la famille présente des difficultés au niveau du langage ou des sons de la parole, Nicolas a un plus grand risque de présenter une dyspraxie verbale (2).

  • 👩  : Nicolas n’aime pas le bricolage ! Il n’aime pas découper ni colorier. C’est pas sa force…

🔔 Une autre cloche ! Les enfants qui ont une dyspraxie verbale ont souvent des difficultés de motricité fine ou globale (1).

Ensuite, je vais rejoindre Nicolas en m'introduisant subtilement dans son jeu . J’en profite également pour noter ce qu’il me dit et ainsi, commencer à analyser sa parole. Je fais quelques tâches sous forme de jeux afin d’évaluer la production des sons de l’enfant : je montre des images à l’enfant afin qu’il me les nomme, je lui demande de faire des grimaces et je regarde dans sa bouche. Voici mes observations 🕵️ :

  • La maman de Nicolas m’aide à comprendre ce qu’il dit. Elle le comprend beaucoup mieux que moi !
  • Il y a de la salive sur le menton
  • Il est difficile pour Nicolas de faire les mouvements demandés ou d’imiter mes mouvements
  • L’enfant peut dire le même mot de manière différente. Par exemple, passon puis,  a.on pour dire poisson. 🐠

J’explique la dyspraxie verbale aux parents

Suite aux informations recueillies, je pose une hypothèse de dyspraxie verbale. Voici comment j’explique la dyspraxie verbale aux parents :

Quand nous parlons, nos articulateurs (lèvres, mâchoire, langue, palais) effectuent une série de mouvements précis et bien coordonnés pour produire les sons et former des mots. Chez un enfant avec une dyspraxie verbale, le cerveau a du mal à envoyer les bons messages aux muscles pour exécuter ces mouvements.

Résultat : l’enfant éprouve des difficultés à réaliser les mouvements précis, au bon moment. Les mots ne sont donc pas produits clairement, et il peut être difficile de bien comprendre ce qu’il dit. Imaginez que chaque mot est une chorégraphie. Si l’enfant a du mal à exécuter cette chorégraphie avec précision, le mot devient moins clair. Plus la phrase est longue (donc plus il y a de mots et de mouvements à coordonner), plus il est difficile pour lui de parler clairement. Avec de la pratique et de l’aide, il est possible de l’accompagner pour qu’il développe cette "chorégraphie" des mots.

J’émets des recommandations

Voici mes recommandations aux parents de Nicolas :

  • Suivi hebdomadaire par une orthophoniste 👉 améliorer la production des sons pour aider Nicolas à mieux se faire comprendre
  • Évaluation de l’audition auprès d’un audiologiste 👉 s’assurer que les difficultés au niveau des sons ne soient pas causée par une baisse au niveau de l’audition
  • Consultation avec ergothérapeute 👉 évaluer les habiletés de motricité et intervenir, au besoin.

J’accompagne le parent vers les aides gouvernementales pour les enfants qui présente une dyspraxie verbale

  • J’inscris Nicolas au programme Agir Tôt 👉 obtenir des rencontres avec une orthophoniste dans le secteur public (avantage : couvert par la RAMQ, désavantage : temps d’attente assez long et nombre limité de rencontres)
  • Nicolas semble être admissible à l’Allocation pour l’intégration en service de garde. Je complète donc le formulaire.
  • Nicolas semble être admissible à deux crédits d’impôts 👉 le Supplément pour enfant handicapé (SEH) de Retraite Québec (qui est assez difficile à obtenir) et la Prestation pour enfants handicapés (PEH) du gouvernement fédéral. Je complète alors les formulaires pour les parents.
Ce n'est pas tous les enfants qui ont des difficultés de communication qui peuvent en bénéficier.

Je fais une intervention pour améliorer la production des sons

Un an plus tard, Nicolas a fait des progrès notables. Il se fait mieux comprendre par son éducatrice, sa grand-mère et ses amis. J’adore voir les progrès de mes petits clients : la raison principale pour laquelle j’adore mon travail ❤️

Les parents du petit Nicolas ont été assidus : ils ont pratiqué les mots comme nous l’avons fait lors des rencontres de suivi, un petit peu chaque jour. Ils assistent aux rencontres presque chaque semaine, et cela porte ses fruits (youpi 🎉).

Je confirme la dyspraxie verbale

Après un an de suivi, j’ai recueilli les informations nécessaires pour confirmer le diagnostic de dyspraxie verbale. En effet, j’ai observé (1) 🕵️ :

  • Des erreurs au niveau des voyelles : dans est produit da, de est produit dé
  • Présence de tâtonnement
  • Ajout d’un son à la fin des mots : coupe est produit coupeeee
  • Plus de transformations en contexte de phrases qu’en mots isolés.

La maman de Nicolas m’annonce qu’il débutera son suivi avec Giselle, l’orthophoniste du public, la semaine prochaine, pour un bloc de 10 rencontres. Mes services seront donc sur pause pendant un moment. ⏸️

Qui sait ? Peut-être que je vais revoir le petit Nicolas après ses 10 rencontres…

👋 À bientôt, Nicolas !

Références

1- American Speech-Language-Hearing Association. (n.d.). Childhood apraxia of speech. ASHA Practice Portal.Retrieved January 20, 2025, from https://www.asha.org/practice-portal/clinical-topics/childhood-apraxia-of-speech/

2- Lewis, B. A., Freebairn, L. A., Hansen, A. J., Stein, C. M., Shriberg, L. D., Iyengar, S. K., & Taylor, H. G. (2006). The genetic bases of speech sound disorders: Evidence from spoken and written language. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 49(6), 1294–1312. https://doi.org/10.1044/1092-4388(2006/093)

*Les noms et les faits ont été altérés afin de garantir l'anonymat des personnes concernées.

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La dyspraxie verbale de Nicolas

La dyspraxie verbale de Nicolas

Voici l’histoire du petit Nicolas. Je t’explique le rôle de l’orthophoniste auprès des enfants qui présente une dyspraxie verbale et le parcours typique en orthophonie, dans une clinique privée et le secteur public.

Vivre avec la dyspraxie verbale au quotidien

En milieu de garde

Nicolas est un adorable petit garçon de 4 ans. Il adore écouter les histoires racontées par son éducatrice, Marise, avant la sieste. C’est un petit coquin : il aime faire rire Marise et les enfants de son groupe 🤭.

Nicolas a de la difficulté à se faire comprendre par son éducatrice et ses amis. Certains sons sont absents et les mots ne sont pas produits clairement. Pourtant, il sait exactement ce qu’il veut dire ! Quand il souhaite obtenir un jeu qui se situe hors de sa portée, son éducatrice ne comprend pas sa demande s’il utilise seulement ses mots. Il doit alors pointer le jeu qu’il désire. Il est aussi difficile pour Nicolas de participer au causerie de son groupe : il n’arrive pas à raconter clairement ce qu’il a fait pendant sa fin de semaine.

À la maison

À la maison, la maman de Nicolas remarque que Claire,  la grand-mère du garçon,  n’arrive pas à le comprendre. 👵

Un jour, Nicolas jouait tranquillement avec sa sœur dans le salon. Tout à coup, cette dernière lui a arraché son jouet préféré des mains, sans avertissement ! Face à cette injustice, il se met alors à pleurer. 😢

Il essaie pourtant d’expliquer à sa maman ce qui s’est passé, mais il n’arrive pas à se faire comprendre, ce qui accentue sa colère. 😤

Suite à la recommandation de l’éducatrice, les parents de Nicolas décident de me consulter afin d’aider leur fils à mieux se faire comprendre et ainsi, diminuer ses frustrations au quotidien.

Mon rôle en tant qu'orthophoniste

Je fais une évaluation

👋 C’est ainsi que je rencontre Nicolas et sa mère dans mon bureau.

Mon objectif principal : créer mon lien avec l’enfant et la mère. Et aussi, analyser la production des sons pour établir un plan d’intervention en orthophonie (PIO), des recommandations ainsi qu’un diagnostic précis (bien évidemment 😉).

Je le laisse donc jouer quelques minutes pendant que je discute avec madame 🕵️ :

  • 👩 :  Béatrice, la cousine de Nicolas, a été suivie en orthophonie en bas âge. J’avais ben de la difficulté à la comprendre !

🔔 Ça me sonne une cloche ! Puisqu’un membre de la famille présente des difficultés au niveau du langage ou des sons de la parole, Nicolas a un plus grand risque de présenter une dyspraxie verbale (2).

  • 👩  : Nicolas n’aime pas le bricolage ! Il n’aime pas découper ni colorier. C’est pas sa force…

🔔 Une autre cloche ! Les enfants qui ont une dyspraxie verbale ont souvent des difficultés de motricité fine ou globale (1).

Ensuite, je vais rejoindre Nicolas en m'introduisant subtilement dans son jeu . J’en profite également pour noter ce qu’il me dit et ainsi, commencer à analyser sa parole. Je fais quelques tâches sous forme de jeux afin d’évaluer la production des sons de l’enfant : je montre des images à l’enfant afin qu’il me les nomme, je lui demande de faire des grimaces et je regarde dans sa bouche. Voici mes observations 🕵️ :

  • La maman de Nicolas m’aide à comprendre ce qu’il dit. Elle le comprend beaucoup mieux que moi !
  • Il y a de la salive sur le menton
  • Il est difficile pour Nicolas de faire les mouvements demandés ou d’imiter mes mouvements
  • L’enfant peut dire le même mot de manière différente. Par exemple, passon puis,  a.on pour dire poisson. 🐠

J’explique la dyspraxie verbale aux parents

Suite aux informations recueillies, je pose une hypothèse de dyspraxie verbale. Voici comment j’explique la dyspraxie verbale aux parents :

Quand nous parlons, nos articulateurs (lèvres, mâchoire, langue, palais) effectuent une série de mouvements précis et bien coordonnés pour produire les sons et former des mots. Chez un enfant avec une dyspraxie verbale, le cerveau a du mal à envoyer les bons messages aux muscles pour exécuter ces mouvements.

Résultat : l’enfant éprouve des difficultés à réaliser les mouvements précis, au bon moment. Les mots ne sont donc pas produits clairement, et il peut être difficile de bien comprendre ce qu’il dit. Imaginez que chaque mot est une chorégraphie. Si l’enfant a du mal à exécuter cette chorégraphie avec précision, le mot devient moins clair. Plus la phrase est longue (donc plus il y a de mots et de mouvements à coordonner), plus il est difficile pour lui de parler clairement. Avec de la pratique et de l’aide, il est possible de l’accompagner pour qu’il développe cette "chorégraphie" des mots.

J’émets des recommandations

Voici mes recommandations aux parents de Nicolas :

  • Suivi hebdomadaire par une orthophoniste 👉 améliorer la production des sons pour aider Nicolas à mieux se faire comprendre
  • Évaluation de l’audition auprès d’un audiologiste 👉 s’assurer que les difficultés au niveau des sons ne soient pas causée par une baisse au niveau de l’audition
  • Consultation avec ergothérapeute 👉 évaluer les habiletés de motricité et intervenir, au besoin.

J’accompagne le parent vers les aides gouvernementales pour les enfants qui présente une dyspraxie verbale

  • J’inscris Nicolas au programme Agir Tôt 👉 obtenir des rencontres avec une orthophoniste dans le secteur public (avantage : couvert par la RAMQ, désavantage : temps d’attente assez long et nombre limité de rencontres)
  • Nicolas semble être admissible à l’Allocation pour l’intégration en service de garde. Je complète donc le formulaire.
  • Nicolas semble être admissible à deux crédits d’impôts 👉 le Supplément pour enfant handicapé (SEH) de Retraite Québec (qui est assez difficile à obtenir) et la Prestation pour enfants handicapés (PEH) du gouvernement fédéral. Je complète alors les formulaires pour les parents.
Ce n'est pas tous les enfants qui ont des difficultés de communication qui peuvent en bénéficier.

Je fais une intervention pour améliorer la production des sons

Un an plus tard, Nicolas a fait des progrès notables. Il se fait mieux comprendre par son éducatrice, sa grand-mère et ses amis. J’adore voir les progrès de mes petits clients : la raison principale pour laquelle j’adore mon travail ❤️

Les parents du petit Nicolas ont été assidus : ils ont pratiqué les mots comme nous l’avons fait lors des rencontres de suivi, un petit peu chaque jour. Ils assistent aux rencontres presque chaque semaine, et cela porte ses fruits (youpi 🎉).

Je confirme la dyspraxie verbale

Après un an de suivi, j’ai recueilli les informations nécessaires pour confirmer le diagnostic de dyspraxie verbale. En effet, j’ai observé (1) 🕵️ :

  • Des erreurs au niveau des voyelles : dans est produit da, de est produit dé
  • Présence de tâtonnement
  • Ajout d’un son à la fin des mots : coupe est produit coupeeee
  • Plus de transformations en contexte de phrases qu’en mots isolés.

La maman de Nicolas m’annonce qu’il débutera son suivi avec Giselle, l’orthophoniste du public, la semaine prochaine, pour un bloc de 10 rencontres. Mes services seront donc sur pause pendant un moment. ⏸️

Qui sait ? Peut-être que je vais revoir le petit Nicolas après ses 10 rencontres…

👋 À bientôt, Nicolas !

Références

1- American Speech-Language-Hearing Association. (n.d.). Childhood apraxia of speech. ASHA Practice Portal.Retrieved January 20, 2025, from https://www.asha.org/practice-portal/clinical-topics/childhood-apraxia-of-speech/

2- Lewis, B. A., Freebairn, L. A., Hansen, A. J., Stein, C. M., Shriberg, L. D., Iyengar, S. K., & Taylor, H. G. (2006). The genetic bases of speech sound disorders: Evidence from spoken and written language. Journal of Speech, Language, and Hearing Research, 49(6), 1294–1312. https://doi.org/10.1044/1092-4388(2006/093)

*Les noms et les faits ont été altérés afin de garantir l'anonymat des personnes concernées.

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